Essai de Fabien Loszach sur L’agence (2009)

Extrait de l’essai du sociologue Fabien Loszach, en relation à la première version du projet L’agence présenté chez Skol en février 2009. Disponible pour lecture ici : http://www.skol.ca/fr/past/0809_jmdufresne_text
« Le titre retenu pour l’exposition offre une double interprétation. En français, une agence est un bureau, un organisme où l’on échange des informations principalement d’ordre administratif. L’agence, dans sa nature même, est un lieu « exemplaire » de notre société, elle concentre en elle-même l’idéal de la « société légale rationnelle » comme l’avait appellé le sociologue allemand Max Weber (1864-1920). L’installation de Jean Maxime Dufresne se démarque de cette définition purement objective de l’agence ; l’artiste a plutôt cherché à créer un hub (un « centre d’activités »), soit un lieu qui crée des circonstances de rencontre entre des gens et des idées par le biais de stations de visionnement, d’une cuisine partagée, d’un bureau de retranscription, d’une aire d‘écoute, etc. Il y a ici l’idée d’une pensée en mouvement qui cherche à se multiplier, à proliférer dans l’espace de la galerie grâce notamment au travail d‘édition sur un imprimé et à la lecture de citations issues des entretiens par une voix générative.
Le terme anglais agency réfère quant à lui à une philosophie d’action : cette dernière réunit en quelque sorte les interlocuteurs comme des « agents » qui ont une capacité d’inflexion sur différents enjeux et exercent des réflexions critiques. Il n’existe pas de traduction en français du terme, on pourrait parler de « capacité d’action », « prise de décision », « autonomisation » ou encore « agentivité ». Le terme « agent » vient du latin agere, qui signifie agir ou faire ; il désigne aujourd’hui une personne chargée des affaires et des intérêts d’une autre personne, d’un groupe ou d’un pays. Les interlocuteurs qui s’expriment ici ont un rôle assez semblable : ils défendent des points de vue et des intérêts dans la sphère publique ; ils sont en cela des agents « politiques ». Le politique faut-il le rappeler est le domaine de l’action par excellence où les acteurs exposent leurs divergences, participent au débat citoyens, dans le but de prendre les meilleures décisions pour faire vivre la cité. »
Extract from essay by sociologist Fabien Loszach, in relation to the first installment of Agency presented at Skol in February 2009. Available here : http://www.skol.ca/en/past/0809_jmdufresne_text
« The title chosen for the exhibition offers a dual interpretation. In French (as in English), an agency is an office, or department, where people deal mainly with administrative information. By its very nature, the agency is an “exemplary” locus in our society, distilling within itself the ideal of what German sociologist Max Weber (1864-1920) had termed a “rational-legal society.” As opposed to this purely objective definition, Dufresne’s installation seeks rather to use the various elements—the viewing stations, a shared kitchen, a transcription office, a listening area, etc.—to create a “hub,” a space that provides the opportunity for encounters between people and ideas. There is a suggestion here of thought in motion, striving to reproduce and proliferate in the gallery space, as evinced in the publication onto hard-copy and the reading by a generated voice of excerpts from the interviews.
Agency, in English, also refers to a philosophy of action, one that would in some sense construe the participants as “agents” having a capacity for affecting various issues and engaging in critical reflection. This sense of the term has no direct translation in French, where the concept may be rendered by such phrases as “capacity for action,” “decision making,” autonomisation (“empowerment”), or agentivité. Today, the term “agent,” derived from the Latin agere —to act, to do—, commonly designates a person responsible for the affairs and interests of another (person, group, country, etc.). The participants expressing themselves here play a similar role; they endorse interests and points of view in the public sphere; as such, they are “political” agents. The political, need we recall, is the sphere of action par excellence, where actors manifest their differences, participating in citizens’ debates to arrive at the best possible decisions for the life of the city. »